{"id":4304,"date":"2024-02-23T09:43:43","date_gmt":"2024-02-23T08:43:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/reparation-dommage-causes-multiples\/"},"modified":"2024-04-23T10:46:10","modified_gmt":"2024-04-23T08:46:10","slug":"reparation-dommage-causes-multiples","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/reparation-dommage-causes-multiples\/","title":{"rendered":"Exposition \u00e0 un m\u00e9dicament : la confirmation de la r\u00e9paration d\u2019un dommage \u00e0 causes multiples"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p><a href=\"https:\/\/www.legifrance.gouv.fr\/juri\/id\/JURITEXT000048242141?isSuggest=true\"><em>Cass. 1re civ., 18 oct. 2023, n\u00b0 22-11.492, Publi\u00e9 au bulletin.<\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>En l\u2019esp\u00e8ce, une femme souffrant d\u2019infertilit\u00e9 faisait valoir qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 expos\u00e9e in utero au di\u00e9thylstilbestrol ou Distilb\u00e8ne (ci-apr\u00e8s d\u00e9sign\u00e9 \u00ab&nbsp;<strong><em>DES<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb), \u00e0 la suite de la prise de ce m\u00e9dicament par sa m\u00e8re durant sa grossesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Le DES \u00e9tait prescrit aux femmes qui subissaient des avortements spontan\u00e9s (ou fausse couche) \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019expertise rel\u00e8vera que la cause de son infertilit\u00e9 pouvait \u00eatre due autant \u00e0 son exposition au DES, qu\u2019\u00e0 son infection \u00e0 Chlamydia et conclut que les pr\u00e9judices subis \u00e9taient imputables de 40% \u00e0 l\u2019exposition au DES.<\/p>\n\n\n\n<p>La victime directe de cette exposition, ainsi que sa m\u00e8re et son \u00e9poux, victimes indirectes, demandaient r\u00e9paration des divers pr\u00e9judices \u00e9prouv\u00e9s au producteur de DES. Ils demandaient principalement la r\u00e9paration du pr\u00e9judice d\u2019infertilit\u00e9 ainsi que celle du pr\u00e9judice d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 auquel est expos\u00e9e la victime directe.<\/p>\n\n\n\n<p>La Cour d\u2019appel a d\u00e9bout\u00e9 les demandeurs de l\u2019ensemble de leurs demandes d\u2019indemnisation. Elle estime que la cause de l\u2019infertilit\u00e9 de la victime peut \u00eatre due autant \u00e0 son infection \u00e0 Chlamydia qu\u2019\u00e0 l\u2019exposition au DES. Elle juge en cons\u00e9quence que la responsabilit\u00e9 du producteur de DES ne pouvait \u00eatre retenue, du fait de l\u2019incertitude quant \u00e0 la cause de l\u2019infertilit\u00e9 de la victime.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, la Cour d\u2019appel a rejet\u00e9 la demande d\u2019indemnisation du pr\u00e9judice d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 invoqu\u00e9 par la demanderesse suivant le m\u00eame motif savoir l\u2019absence de lien entre l\u2019exposition au DES et son hypofertilit\u00e9.<br>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La reconnaissance de la responsabilit\u00e9 du producteur de Distilb\u00e8ne par la Cour de cassation.<\/h3>\n\n\n\n<p>La haute juridiction a censur\u00e9 le raisonnement de la Cour d\u2019appel.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La Cour de cassation affirme qu\u2019il r\u00e9sulte de l\u2019article 1240 du Code civil qu\u2019ouvre droit \u00e0 r\u00e9paration le dommage en lien causal avec une faute, m\u00eame si celle-ci n\u2019en est pas la seule cause.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En d\u2019autres termes, \u00e0 partir du moment o\u00f9 il est \u00e9tabli que l\u2019exposition de la victime au DES a contribu\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alisation de son dommage, les dispositions de l\u2019article 1240 du Code civil sont applicables.<\/p>\n\n\n\n<p>En cons\u00e9quence, la victime n\u2019a pas \u00e0 rapporter la preuve selon laquelle sa pathologie a pour origine exclusive son exposition au DES. Elle doit seulement d\u00e9montrer son exposition au produit litigieux ainsi que l\u2019imputabilit\u00e9 du dommage \u00e0 cette exposition.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette solution n\u2019est pas nouvelle puisque la Cour de cassation avait d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019occasion de se prononcer sur la question : \u00ab&nbsp;<em>s\u2019il n\u2019est pas \u00e9tabli que le DES est la seule cause possible des pathologies pr\u00e9sent\u00e9es, la preuve d\u2019une exposition&nbsp;in utero&nbsp;\u00e0 cette mol\u00e9cule puis celle de l\u2019imputabilit\u00e9 du dommage \u00e0 cette exposition peuvent \u00eatre apport\u00e9es par tout moyen, et notamment par des pr\u00e9somptions graves, pr\u00e9cises et concordantes, sans qu\u2019il puisse \u00eatre exig\u00e9 que les pathologies aient \u00e9t\u00e9 exclusivement caus\u00e9es par cette exposition<\/em>&nbsp;\u00bb (Civ. 1<sup>re<\/sup>, 19 juin 2019, n\u00b0 18-10.380).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Concernant la reconnaissance d\u2019un pr\u00e9judice d\u2019anxi\u00e9t\u00e9, contrairement \u00e0 ce que rel\u00e8ve la Cour d\u2019appel, il n\u2019est pas requis que les pathologies redout\u00e9es se r\u00e9alisent pour qu\u2019un tel dommage soit caract\u00e9ris\u00e9.<\/h3>\n\n\n\n<p>En effet, le pr\u00e9judice d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fini par la jurisprudence comme&nbsp;le fait pour une personne qui a \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 \u00e0 une substance toxique d\u2019\u00e9prouver \u00ab&nbsp;<em>un sentiment d\u2019inqui\u00e9tude permanente g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par le risque de d\u00e9clarer \u00e0 tout moment une maladie li\u00e9e \u00e0 l\u2019exposition&nbsp;\u00bb \u00e0 une telle substance.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ce type de pr\u00e9judice ne requiert donc pas la d\u00e9monstration d\u2019un fait g\u00e9n\u00e9rateur en lien avec la r\u00e9alisation effective d\u2019un dommage. Il peut \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9 par la simple crainte des graves cons\u00e9quences qui peuvent d\u00e9couler d\u2019une exposition \u00e0 un produit dangereux.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>En l\u2019esp\u00e8ce, l\u2019exposition au DES \u00e9tant \u00e9tabli, ce n\u2019est pas surprenant que la Cour de cassation vienne constater l\u2019existence d\u2019un pr\u00e9judice d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;r\u00e9sultat de l\u2019exposition \u00e0 un risque de dommage&nbsp;\u00bb.<\/em><br>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une solution s\u2019inscrivant dans le prolongement d\u2019un courant jurisprudentiel favorable aux victimes expos\u00e9es au Distilb\u00e8ne<\/h3>\n\n\n\n<p>La solution d\u00e9gag\u00e9e par la haute juridiction se classe dans la continuit\u00e9 de sa construction jurisprudentielle sur le contentieux relatif au Distilb\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>La Cour de cassation ne cesse de faire preuve d\u2019une certaine souplesse \u00e0 l\u2019\u00e9gard des victimes d\u2019exposition au DES. L\u2019admission de pr\u00e9somptions graves, pr\u00e9cises et concordantes permettant de pallier la carence probatoire des victimes, susceptible d\u2019emp\u00eacher leur indemnisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce raisonnement peut s\u2019expliquer par la n\u00e9cessit\u00e9 de ne pas priver une victime de son droit \u00e0 r\u00e9paration, faute pour elle de ne pouvoir rapporter la preuve d\u2019une cause exclusive \u00e0 son dommage.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019arr\u00eat de cassation permet donc de reconna\u00eetre la responsabilit\u00e9 d\u2019un producteur de m\u00e9dicament alors m\u00eame que plusieurs causes peuvent \u00eatre \u00e0 l\u2019origine du pr\u00e9judice de la victime.<\/strong><\/p>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il r\u00e9sulte de l\u2019article 1240 du Code civil qu\u2019ouvre droit \u00e0 r\u00e9paration le dommage en lien causal avec une faute, m\u00eame si celle-ci n\u2019en est pas la seule cause. Le fait que l\u2019infertilit\u00e9 d\u2019une patiente puisse \u00eatre due autant \u00e0 une infection qu\u2019\u00e0 l\u2019exposition \u00e0 un m\u00e9dicament ne suffit pas \u00e0 exclure que l\u2019exposition \u00e0 ce m\u00e9dicament ait contribu\u00e9 \u00e0 son infertilit\u00e9. Il r\u00e9sulte du m\u00eame article du Code civil que constitue un pr\u00e9judice indemnisable l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 r\u00e9sultant de l\u2019exposition \u00e0 un risque de dommage.<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":4305,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[15],"tags":[],"class_list":["post-4304","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-publications"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4304","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4304"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4304\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4305"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4304"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4304"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4304"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}