{"id":21964,"date":"2025-12-12T09:00:00","date_gmt":"2025-12-12T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/?p=21964"},"modified":"2025-12-05T15:14:11","modified_gmt":"2025-12-05T14:14:11","slug":"responsabilite-penale-et-fusion-detablissements-publics","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/responsabilite-penale-et-fusion-detablissements-publics\/","title":{"rendered":"Responsabilit\u00e9 p\u00e9nale et fusion d&rsquo;\u00e9tablissements publics"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p>Par une d\u00e9cision en date du 12 novembre 2025, la chambre criminelle de la Cour de cassation a, \u00e0 nouveau, pr\u00e9cis\u00e9 les contours du r\u00e9gime de la transmission de la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale entre personnes morales, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une op\u00e9ration de fusion.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fois-ci, la Cour de cassation s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019impact du caract\u00e8re public des personnes morales concern\u00e9es quant aux conditions de l\u2019\u00e9ventuel transfert de responsabilit\u00e9 p\u00e9nale susceptible d\u2019intervenir \u00e0 raison de leur regroupement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En 1996, plusieurs plaintes sont d\u00e9pos\u00e9es \u00e0 la suite de l\u2019exposition de personnes \u00e0 l\u2019amiante au sein de b\u00e2timents universitaires \u00e9difi\u00e9s entre 1964 et 1972.<\/p>\n\n\n\n<p>Une information judiciaire est alors ouverte des chefs d\u2019homicides et blessures involontaires, omission de porter secours et mise en danger d\u2019autrui.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 12 janvier 2005, deux universit\u00e9s, \u00e9tablissements publics \u00e0 caract\u00e8re scientifique, culturel et professionnel, sont mises en examen du chef de mise en danger d\u2019autrui.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le 24 f\u00e9vrier 2022, les juges d\u2019instruction en charge de cette affaire ont rendu une ordonnance de non-lieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Les parties civiles ont interjet\u00e9 appel de cette ordonnance, en vain, la chambre de l\u2019Instruction de la Cour d\u2019appel ayant consid\u00e9r\u00e9 que les op\u00e9rations de fusions entre les \u00e9tablissements universitaires ont entrain\u00e9 la disparition de leur personnalit\u00e9 juridique \u00e0 compter, respectivement, des 1<sup>er<\/sup> janvier 2018 et 1<sup>er<\/sup> janvier 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>La Cour d\u2019appel saisie pr\u00e9cise \u00e9galement que l\u2019\u00e9volution de la jurisprudence de la Cour de cassation, relative au transfert de la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale d\u2019une personne morale de droit priv\u00e9 en cas de fusion-absorption, ne trouve \u00e0 s\u2019appliquer qu\u2019\u00e0 compter du 25 novembre 2020 et qu\u2019en tout \u00e9tat de cause cette jurisprudence n\u2019est pas applicable aux personnes morales de droit priv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle constate ainsi l\u2019extinction de l\u2019action publique, confirmant les ordonnance de non-lieu contest\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La Cour de cassation adopte une approche p\u00e9dagogique en rappelant d\u2019abord l\u2019historique de sa jurisprudence relative au transfert de responsabilit\u00e9 p\u00e9nale dans l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019op\u00e9rations de fusions acquisitions entre soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019occasion ici de rappeler que si la Cour de cassation a refus\u00e9, pendant longtemps et sur le fondement de l\u2019article 121-1 du code p\u00e9nal selon lequel nul n\u2019est responsable que de son propre fait, de constater l\u2019existence d\u2019un transfert de responsabilit\u00e9 p\u00e9nale en mati\u00e8re d\u2019op\u00e9rations de fusions-absorptions, elle est revenue sur cette position \u00e0 compter d\u2019une d\u00e9cision du 25 novembre 2020 (n\u00b018-86.955).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce changement de paradigme, \u00e0 compter de la d\u00e9cision de 2020, \u00e9tait notamment dict\u00e9 par la jurisprudence europ\u00e9enne et communautaire (CJUE, 5 mars 2015 C-343\/13 ; CEDH, 1er octobre 2019, n\u00b037858\/14) lentement dig\u00e9r\u00e9e par la chambre criminelle<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a> laquelle a toutefois fini par admettre la possibilit\u00e9 d\u2019un transfert de responsabilit\u00e9 p\u00e9nale entre la soci\u00e9t\u00e9 absorb\u00e9e et la soci\u00e9t\u00e9 absorbante en justifiant l\u2019abandon de la jurisprudence pr\u00e9existante de la mani\u00e8re suivante que&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>\u00ab&nbsp;<em>21. Or, cette approche anthropomorphique de l&rsquo;op\u00e9ration de fusion-absorption doit \u00eatre remise en cause car, d&rsquo;une part, elle ne tient pas compte de la sp\u00e9cificit\u00e9 de la personne morale, qui peut changer de forme sans pour autant \u00eatre liquid\u00e9e, d&rsquo;autre part, elle est sans rapport avec la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>La Cour de cassation a \u00e9galement consid\u00e9r\u00e9 en 2020 que le revirement ainsi op\u00e9r\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas impr\u00e9visible et trouvait \u00e0 s\u2019appliquer aux op\u00e9rations de fusions-acquisitions conclues avant la d\u00e9cision du 25 novembre 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>Reste que l\u2019analyse de la d\u00e9cision de 2020 a pu faire na\u00eetre quelques doutes l\u00e9gitimes quant \u00e0 la port\u00e9e de ce revirement de jurisprudence.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s concr\u00e8tement, la notice explicative publi\u00e9e par la Cour de Cassation semblait accorder une port\u00e9e limit\u00e9e \u00e0 la d\u00e9cision du 25 novembre 2020 et seulement restreinte aux soci\u00e9t\u00e9s de capitaux (SA\/SAS)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>\u00ab&nbsp;<em>3. Les conditions et limites du transfert de responsabilit\u00e9 p\u00e9nale de la soci\u00e9t\u00e9 absorb\u00e9e \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 absorbante<\/em><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><em>La Cour de cassation pr\u00e9cise les conditions et les limites du transfert de responsabilit\u00e9 p\u00e9nale de la soci\u00e9t\u00e9 absorb\u00e9e \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 absorbante.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>3.1 Une port\u00e9e limit\u00e9e aux fusions relevant de la directive relative \u00e0 la fusion des soci\u00e9t\u00e9s anonymes<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>En premier lieu, ce transfert, issu de la directive 78\/855\/CEE du Conseil du 9 octobre 1978 relative \u00e0 la fusion des soci\u00e9t\u00e9s anonymes, codifi\u00e9e en dernier lieu par la directive (UE) 2017\/1132 du Parlement europ\u00e9en et du Conseil du 14 juin 2017, ne s\u2019applique que dans le champ d\u2019application de celle-ci, \u00e0 savoir, pour la France, en cas de fusion de soci\u00e9t\u00e9s anonymes (\u00a7. 35 et 37).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>A ce titre, il convient cependant de pr\u00e9ciser que la directive relative aux fusions des soci\u00e9t\u00e9s anonymes est \u00e9galement applicable aux soci\u00e9t\u00e9s par actions simplifi\u00e9es (SAS). En effet, les SAS ne sont qu\u2019une cat\u00e9gorie particuli\u00e8re de soci\u00e9t\u00e9 par actions et sont soumises, dans la mesure o\u00f9 elles sont compatibles avec les dispositions particuli\u00e8res les concernant, aux r\u00e8gles concernant les soci\u00e9t\u00e9s anonymes<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour autant, et malgr\u00e9 cette notice explicative, il est apparu que le transfert de responsabilit\u00e9 p\u00e9nale pouvait \u00e9galement trouver \u00e0 se concr\u00e9tiser en mati\u00e8re de fusions-absorptions r\u00e9alis\u00e9es entre SARL&nbsp;; c\u2019est le sens de la d\u00e9cision intervenue le 22 mai 2024 (n\u00b023-83180)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>\u00ab&nbsp;<em>13. C&rsquo;est \u00e0 tort que la cour d&rsquo;appel a retenu que la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 responsabilit\u00e9 limit\u00e9e [10] entrait dans le champ de la directive 78\/855\/CE du Conseil du 9 octobre 1978 relative \u00e0 la fusion des soci\u00e9t\u00e9s anonymes, codifi\u00e9e en dernier lieu par la directive (UE) 2017\/1132 du Parlement europ\u00e9en et du Conseil du 14 juin 2017, puisque ce texte ne concerne pas les soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 responsabilit\u00e9 limit\u00e9e.<\/em><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><em>14. Cependant, l&rsquo;arr\u00eat attaqu\u00e9 n&rsquo;encourt pas la censure, d\u00e8s lors qu&rsquo;ayant constat\u00e9 qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 proc\u00e9d\u00e9, le 30 septembre 2022, \u00e0 une op\u00e9ration de fusion-absorption entra\u00eenant la dissolution de la soci\u00e9t\u00e9 mise en cause et que les faits objet des poursuites sont caract\u00e9ris\u00e9s, il pouvait d\u00e9clarer la soci\u00e9t\u00e9 absorbante coupable de ces faits et la condamner \u00e0 une peine d&rsquo;amende ou de confiscation<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus encore, dans cette derni\u00e8re d\u00e9cision la Cour de cassation consid\u00e9rait, malgr\u00e9 les termes de sa notice explicative publi\u00e9e au sujet du revirement de jurisprudence intervenu le 25 novembre 2020, que&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>\u00ab&nbsp;<em>15. Si la Cour de cassation n&rsquo;a pas encore eu l&rsquo;occasion de se prononcer sur les cons\u00e9quences quant \u00e0 l&rsquo;action publique d&rsquo;une fusion-absorption lorsqu&rsquo;elle concerne une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 responsabilit\u00e9 limit\u00e9e, sa doctrine \u00e9tait raisonnablement pr\u00e9visible depuis l&rsquo;arr\u00eat ayant appliqu\u00e9 pour la premi\u00e8re fois aux soci\u00e9t\u00e9s anonymes les principes rappel\u00e9s aux points 10 et 11 (Crim., 25 novembre 2020, pourvoi n\u00b0 18-86.955, publi\u00e9 au Bulletin)<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi que les auteurs du pourvoi dirig\u00e9 contre l\u2019arr\u00eat de la chambre de l\u2019instruction, constatant l\u2019extinction de l\u2019action publique \u00e0 raison de la fusion op\u00e9r\u00e9e entre deux \u00e9tablissement publics universitaires, \u00e9taient amen\u00e9s \u00e0 consid\u00e9rer que&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Compte tenu de l\u2019abandon de l\u2019approche anthropomorphique des op\u00e9rations de fusion, il n\u2019y avait pas lieu d\u2019exclure les personnes morales de droit public de l\u2019\u00e9volution jurisprudentielle op\u00e9r\u00e9e \u00e0 compter du 25 novembre 2020&nbsp;;<\/li>\n\n\n\n<li>Conform\u00e9ment \u00e0 ce qui avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 par le pass\u00e9, et notamment en 2024 au sujet des SARL, cette application de la d\u00e9cision de 2020 aux personnes morales de droit public ne pouvait pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab&nbsp;impr\u00e9visible&nbsp;\u00bb et devait trouver \u00e0 s\u2019appliquer aux op\u00e9rations de fusion conclues avant le 25 novembre 2020.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas enti\u00e8rement le sens de la d\u00e9cision rendue.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ici, la Cour de cassation ne d\u00e9ment pas l\u2019application de son \u00e9volution jurisprudentielle aux personnes morales de droit public&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>En rappelant tout d\u2019abord, l\u2019abandon de son approche anthropomorphique des op\u00e9rations de fusions&nbsp;:<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>15. En jugeant ainsi, la Cour de cassation a entendu rompre avec une approche anthropomorphique des op\u00e9rations juridiques affectant la continuit\u00e9 des personnes morales<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>En constatant que cette \u00e9volution trouvait \u00e0 s\u2019appliquer aux personnes morales de droit public et ce d\u00e8s lors que l\u2019article 121-2 du code p\u00e9nal, relatif \u00e0 la responsabilit\u00e9 des personnes morales, ne faisait aucune distinction entre celles-ci selon le caract\u00e8re public ou priv\u00e9 de leur r\u00e9gime d\u2019appartenance&nbsp;:<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>16. L&rsquo;article 121-2 du code p\u00e9nal relatif \u00e0 la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale des personnes morales ne fait aucune distinction entre celles-ci selon qu&rsquo;elles sont de droit priv\u00e9 ou de droit public, sauf \u00e0 r\u00e9server la situation particuli\u00e8re de l&rsquo;Etat et celle des collectivit\u00e9s territoriales lorsque ces derni\u00e8res n&rsquo;agissent pas dans l&rsquo;exercice d&rsquo;activit\u00e9s susceptibles de faire l&rsquo;objet de conventions de d\u00e9l\u00e9gation de service public.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>17. Il s&rsquo;en d\u00e9duit que les principes d\u00e9gag\u00e9s par les arr\u00eats pr\u00e9cit\u00e9s des 25 novembre 2020 et 22 mai 2024 sont applicables aux \u00e9tablissements publics<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce faisant, le raisonnement adopt\u00e9 par la Chambre de l\u2019Instruction est censur\u00e9, la Cour de cassation consid\u00e9rant (n\u00b026) ainsi \u00ab&nbsp;<em>qu&rsquo;il r\u00e9sulte respectivement de l&rsquo;article 2 du d\u00e9cret n\u00b0 2017-596 du 21 avril 2017 et des articles 3 et 6 du d\u00e9cret n\u00b0 2019-209 du 20 mars 2019 que les op\u00e9rations de fusion concern\u00e9es ont chacune emport\u00e9 transmission de l&rsquo;ensemble des activit\u00e9s, biens, droits et obligations des \u00e9tablissements publics fusionn\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement public issu de la fusion, de sorte qu&rsquo;il existe entre eux une continuit\u00e9 \u00e9conomique et fonctionnelle telle qu&rsquo;ils ne sauraient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme distincts au sens de l&rsquo;article 121-1 du code p\u00e9nal<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il apparaissait complexe d\u2019appr\u00e9cier autrement la situation soumise \u00e0 l\u2019examen de la Cour de cassation.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le raisonnement ne semble pas souffrir d\u2019une quelconque contestation, la difficult\u00e9 pos\u00e9e par cette d\u00e9cision porte en r\u00e9alit\u00e9 sur les conditions temporelles d\u2019application de ce qui s\u2019apparente \u00e0 la confirmation d\u2019une \u00e9volution jurisprudentielle d\u00e9j\u00e0 assise.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, au rebours de ce qu\u2019elle avait jug\u00e9 en 2020 puis en 2024 alors qu\u2019elle d\u00e9cidait de l\u2019application r\u00e9troactive de son \u00e9volution jurisprudentielle pour les SA et les SAS d\u2019une part, puis pour les SARL d\u2019autre part, elle consid\u00e8re au cas d\u2019esp\u00e8ce que l\u2019application du principe du transfert de la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale en mati\u00e8re d\u2019op\u00e9rations de fusions concernant les personnes morales de droit public n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9visible et donc ne trouve pas \u00e0 s\u2019appliquer aux op\u00e9rations de fusion ant\u00e9rieures au 25 novembre 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce point laisse perplexe \u00e0 double titre&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Sur son principe&nbsp;: si l\u2019article 121-2 du code p\u00e9nal ne pr\u00e9voit pas de r\u00e9gime particulier<a id=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>, en mati\u00e8re de responsabilit\u00e9 p\u00e9nale, pour les \u00e9tablissements publics d\u2019\u00c9tat, la question du caract\u00e8re r\u00e9ellement impr\u00e9visible de l\u2019\u00e9volution de la jurisprudence applicable en mati\u00e8re de transfert de responsabilit\u00e9 se pose r\u00e9ellement, d\u00e8s lors qu\u2019ant\u00e9rieurement l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019\u00e9volution jurisprudentielle n\u2019\u00e9tait pas jug\u00e9e impr\u00e9visible pour les personnes morales de droit priv\u00e9e&nbsp;;<\/li>\n\n\n\n<li>Sur la date \u00e0 compter de laquelle cette \u00e9volution pr\u00e9torienne trouve \u00e0 s\u2019appliquer pour les personnes morales de droit public&nbsp;: si l\u2019\u00e9volution jurisprudentielle n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9visible pour les personnes morales de droit public, et seulement pour elles<a id=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>, c\u2019est, quoiqu\u2019en dise la Cour de cassation, que le r\u00e9gime d\u2019appartenance, en l\u2019occurrence public, a selon elle impact\u00e9 la pr\u00e9visibilit\u00e9 de l\u2019\u00e9volution d\u2019abord ouverte pour les personnes morales de droit priv\u00e9&nbsp;;<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Dans ce cas, il nous semble qu\u2019un raisonnement rigoureux aurait d\u00fb conduire la Cour de cassation \u00e0 constater, non pas que les termes de sa d\u00e9cision du 12 novembre 2025 \u00e9taient inapplicables aux op\u00e9rations de fusions intervenues avant le 25 novembre 2020, mais bien inapplicables aux op\u00e9rations de fusions intervenues ant\u00e9rieurement 12 novembre 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9cision ainsi prise a le m\u00e9rite de clarifier, probablement d\u00e9finitivement, l\u2019\u00e9volution entam\u00e9e le 25 novembre 2020&nbsp;; elle apparait toutefois imparfaite en ce qu\u2019elle semble faire na\u00eetre deux cat\u00e9gories de victimes, celles dont la reconnaissance p\u00e8se sur la responsabilit\u00e9 de personnes morales de droit priv\u00e9 et les autres manifestement confront\u00e9es \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 actuelle de la bonne gestion des deniers publics. Enfin, pour les personnes morales de droit public, il conviendra d\u00e9sormais de tenir compte de ce risque p\u00e9nal lorsque des op\u00e9rations de regroupement seront envisag\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Le refus de se conformer \u00e0 la jurisprudence de la CJCE avait \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9 par un arr\u00eat de la chambre criminelle du 25 octobre 2016 n\u00b016-80.366 dans le cadre duquel \u00e9tait notamment rappel\u00e9 le fait que \u00ab l&rsquo;article 121-1 du code p\u00e9nal ne peut s&rsquo;interpr\u00e9ter que comme interdisant que des poursuites p\u00e9nales soient engag\u00e9es \u00e0 l&rsquo;encontre de la soci\u00e9t\u00e9 absorbante pour des faits commis par la soci\u00e9t\u00e9 absorb\u00e9e avant que cette derni\u00e8re perde son existence juridique \u00bb ;<br><a id=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Exclusion faite, d\u2019une part de l\u2019\u00c9tat, d\u2019autre part du caract\u00e8re d\u00e9l\u00e9gable des activit\u00e9s dans le cadre desquels les infractions, reproch\u00e9es aux collectivit\u00e9s territoriales, sont commises&nbsp;; mais ces deux exceptions ne rentrent pas en ligne de compte dans les faits soumis \u00e0 la Cour de cassation&nbsp;;<br><a id=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Du moins en l\u2019\u00e9tat de nos connaissances, \u00e0 ce stade du feuilleton jurisprudentielle ouvert par la Cour de cassation depuis le 25 novembre 2020&nbsp;;<\/p>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Cour de cassation pr\u00e9cise, dans sa d\u00e9cision du 12 novembre 2025, les conditions de transfert de responsabilit\u00e9 p\u00e9nale lors de fusions impliquant des personnes morales de droit public. Si elle \u00e9tend aux \u00e9tablissements publics les principes pos\u00e9s depuis 2020, elle exclut leur application r\u00e9troactive, soulevant des interrogations sur la coh\u00e9rence de cette \u00e9volution jurisprudentielle.<\/p>\n","protected":false},"author":16,"featured_media":21965,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":true,"footnotes":""},"categories":[15],"tags":[],"class_list":["post-21964","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-publications"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21964","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/16"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=21964"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21964\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/21965"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=21964"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=21964"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cvs-avocats.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=21964"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}